(The following is the Introduction to the version in english, of this essay,
the full text of which may be found at http://www.fyifrance.com/f102006e.htm. JK.)
Introduction
In the interests of Internet history and "digital libraries" development, the following is a document composed in 1998 by Hervé Le Crosnier, memorializing his experiences as the organizer and first Moderator of BIBLIO-FR, a discussion list / econference for French librarians, which was one of the Internet's first ventures outside of its initial Anglo-American realm.
To his 1998 recollections Hervé appended the minutes he compiled of the initial May 28, 1993 meeting, in the offices of Michel Melot, then President of the Conseil Supérieur des Bibliothèques, minutes which may be said to be the founding document of the project to construct and launch BIBLIO-FR.
Much about the Internet has changed since, while much of it remains sometimes-distressingly the same: all of it may be of great interest, though, to anyone wondering what "the early days" online were like -- some things are easier, now, while other things have grown more difficult. Either way here is Hervé, "for the record", describing vital aspects of the Internet's growth and growing pains, as it "scaled up" to international and multi-lingual applications.
Jack Kessler, kessler@well.com
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Hervé Le Crosnier, LeCrosnier@unicaen.fr
La liste de diffusion BIBLIO-FR a été créée en mai 1993, suite à une réunion de bibliothécaires qui souhaitaient proposer un service francophone pour les collègues qui arrivaient sur le réseau Internet, réseau qui commençait à s'installer en France (lancement de RENATER).
Aujourd'hui, cette liste regroupe 2 500 participants et diffuse une dizaine de messages par jour. L'exposé présentera les épisodes de la constitution de cette communauté virtuelle. Nous mettrons en regard les objectifs initiaux et les bénéfices ou critiques qu'expriment aujourd'hui les utilisateurs.
Cette liste est modérée, aussi sera-t-il utile de revenir sur les fonctions du modérateur dans la constitution d'une communauté virtuelle.
L'exposé qui suit est filmé en "caméra subjective". Les pistes de réflexion qui sont évoquées dans ce texte mériteraient d'être consolidées par des analyses quantitatives des échanges (nombre de messages, typologie des messages, effet des sous-ensembles de la liste comme les annonces d'emploi JOBILISE...) et par une analyse par questionnaire sur les attentes et le vécu des participants au groupe de débat. L'existence des archives de la liste sous forme numérique depuis 1993 est un apport à ce type de recherche. Le texte présenté ici est une synthèse vécue du point de vue du modérateur, évidemment moins distanciée que des analyses quantitatives. J'espère que les pistes soulevées inciteront d'autres à réaliser les études quantitatives de vérification (ou de réfutation). Nous sommes au début d'une nouvelle forme de communication, et les points de vue subjectifs et objectifs se complètent pour mieux maîtriser l'originalité des groupes de débats et leur potentiel dans la formation permanente, l'homogénéïsation professionnelle, mais aussi plus largement dans l'extension de l'agora démocratique.
1 - Avant BIBLIO-FR : premiers pas sur l'internet
Le réseau internet s'est massivement implanté dans les universités françaises avec la naissance de RENATER en 1993. Les utilisateurs des années quatre-vingts restaient concentrés dans les milieux scientifiques, plus particulièrement de la physique, des mathématiques et de l'informatique. La connectivité de RENATER a permis au réseau de toucher d'autres catégories d'universitaires. En filigrane cet événement soulignait l'idée que d'autres secteurs de la population pouvaient être confrontés au réseau en quelques années. Les bibliothécaires devenaient des éléments centraux de la banalisation de l'internet, mais aussi des organisateurs de la documentation numérique dont on ressentait le besoin, sans en imaginer à l'époque l'ampleur (c'était avant la naissance grand-public du web, le lancement de mosaic n'intervenant que fin 1993).
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Bibliothécaire, je fus un des éléments de cette chaîne de généralisation de l'internet en France. J'avais expérimenté le réseau depuis la fin de 1992, procédé pas à pas à l'apprentissage des divers protocoles disponibles à l'époque, principalement telnet et ftp, au travers d'un modem 9600 bps et d'un écran en mode caractère VT220. Je m'étais inscrit à quelques listes de diffusion états-uniennes du domaine des bibliothèques. J'y avais découvert un horizon insoupçonné : de ma petite ville de province je pouvais suivre des débats qui se déroulaient à l'échelle du monde sur le développement du réseau, mais aussi sur le rôle des bibliothèques dans la diffusion démocratique de la connaissance. Mon regard sur les États-Unis avait très profondément changé en quelques mois. J'y retrouvais des préoccupations proches de celles des européens, et découvrait l'existence d'un groupe social ayant des positions de défense des intérêts de la société (le "tiers-secteur"), et du rôle particulier qu'y jouaient les bibliothécaires. Subjectivement, je ressentais l'émergence d'une préoccupation nouvelle et de formes innovatrices de résolution des conflits et d'entraide. Je ressentais aussi la promotion de ma ville : j'étais au centre du monde, comme tout un chacun sur une sphère.
Avec le recul, il me semble que l'on ne peut pas comprendre l'engouement pour l'internet sans évoquer cette soudaine promotion du local sur la scène mondiale. Le fameux proverbe de l'internet disant qu'il faut "agir localement et penser globalement" prenait pour moi un sens immédiat. Et sans ce plaisir nouveau d'une communication multiforme, je n'aurais pas trouvé l'énergie nécessaire pour impulser des actions sur le réseau. Il me semble que cet enthousiasme technologique est toujours à l'oeuvre parmi les nouvelles générations d'internautes. L'explosion de l'internet est aussi le produit de ce renouvellement permanent de l'impression initiale de ne plus être isolé, d'avoir voix au chapitre au même titre que tous les autres acteurs de cette scène médiatique.
Je mesurais aussi le rôle des listes de diffusion dans l'unification professionnelle et la formation permanente. Alors que j'étais loin de me passionner pour les formats et le catalogage, je pouvais en quelques messages quotidiens de la liste USMARC suivre l'évolution du regard professionnel sur les aspects techniques de l'organisation de bibliothèques numériques (même si ce terme n'était pas encore usité à l'époque, plus prompte à parler de bibliothèque virtuelle et de nouvelle frontière abstraite, ... pardon, électronique). J'entendais parler, dans mon bureau, sans participer à un quelconque groupe de travail ou de rédaction de normes, de Z39.50 et de l'interopérabilité des systèmes bibliographiques, du champ de description des ressources électroniques et de l'incorporation des documents numériques dans les catalogues de bibliothèques. Une formation dont les traces restent encore présentes car vécues dans le cours même du débat qui faisait émerger ces questions comme préoccupations au sein de la profession.
Je touchais enfin du doigt les problèmes de l'apprentissage technique à distance, la capacité à apprendre le réseau en utilisant le réseau lui-même. C'est en lisant le bulletin de l'URFIST de Paris (bulletin imprimé : Les petites nouvelles de l'URFIST) que j'appris l'existence d'un document de Pierre Barthélémy de l'Université de Marseille qui proposait une liste des services internet intéressant les bibliothécaires. Mais comment obtenir un document "en FTP" quand on en entend parler pour la première fois ? J'ai ainsi compris l'importance des "savoir-faire" locaux : c'est grâce à l'administrateur système du Centre de Ressource Informatique que j'ai pu mettre le pied à l'étrier. Mais ensuite, de fil en aiguille, c'est le réseau qui devenait le principal fournisseur de formation technique. Je décidais de suivre les conseils de Pierre Barthélémy et de m'abonner à des listes de diffusion, en particulier PACS-L, qui à l'époque était le modèle pour toute la profession, avec près de 15 000 bibliothécaires du monde entier susceptibles d'intervenir quotidiennement dans mon univers. Premier désir, première frustration : impossible de m'abonner. Je serais toujours reconnaissant à Jack Kessler qui, par je ne sais quel miracle de l'internet, fut un jour en possession d'une requête lancée aux étoiles (Stevan Harnad parle de skywriting) : je ne recevais jamais de retour de mes demandes d'abonnement, et j'avais essayé de savoir pourquoi. En examinant l'en-tête de mes messages, Jack découvrit que mon adresse était mal configurée : mon prénom était accentué, alors que ce bon vieux code ASCII ne connaît pas les signes diacritiques. J'aurais pu écrire longtemps sans jamais recevoir de réponse.
Ce simple événement est lourd de signification et guidera longtemps ma démarche sur l'internet, notamment dans l'animation de BIBLIO-FR :
2 - La création de BIBLIO-FR
L'intérêt ancien que j'avais porté à l'édition électronique, qui m'a conduit à publier quelques textes sur ce thème, m'a valu d'être contacté en avril 93 par Michel Melot, alors Président du Conseil Supérieur des Bibliothèques. Ayant eu l'occasion lors de ses voyages et confrontations avec ses homologues étrangers de mesurer l'enjeu de l'internet, il cherchait à constituer un groupe de travail pour préparer l'introduction du réseau en France. Michel Melot, avec une grande modestie, a toujours su réaliser des synthèses et pointer des évolutions notoires de la profession.
Une réunion eut lieu le 28 mai dans son bureau, regroupant les quelques personnes intéressées dans les bibliothèques françaises. Pour préparer cette réunion, j'avais constitué une liste d'une trentaine de personnes en consultant les listes d'abonnés aux listes de diffusion états-uniennes. Je leur avais envoyé un message informel pour leur demander un avis sur la possibilité de constituer un groupe de débat électronique en France... et en français.
Le compte-rendu de cette réunion, diffusé à ces quelques personnes, peut être considéré comme l'acte fondateur de ce qui deviendra BIBLIO-FR. Vous trouverez ce texte en annexe. Il est intéressant de le regarder aujourd'hui, avec cinq ans de recul et de juger des intuitions et des projets à la lueur de l'expérience.
Trois points essentiels se dégagent :
Le premier point vise à proposer des documents en français sur l'internet. Avec en ligne de mire le projet Gutenberg (mise à disposition de versions ASCII de textes du domaine public) qui sera repris ultérieurement par la bibliothèque électronique de Lisieux 1 et par l'ABU (Association des Bibliophiles Universels2). On doit considérer que cette question est désormais classique, même si régulièrement surgissent des débats sur la place des opérations de numérisation dans la constitution de bibliothèques numériques. En substance, les questions du format des documents numérisés (mode image, mode texte ou mode balisé) et de la qualité de l'édition de texte lors du passage au numérique sont les points clés de cet aspect du travail des bibliothèques (et des éditeurs commerciaux, universitaires et associatifs).
Le second point mérite que l'on s'y attarde. A la lueur de mon expérience personnelle, relatée plus haut, on mesure l'enjeu de la formation permanente sur le réseau et par le réseau. Il me semble, avec le recul, que cet axe, souligné dès le début par ce groupe de travail, a été essentiel et reste relativement sous-estimé. En 1993 peu de formations sur l'internet avaient eu lieu en France. Les premières datent de la fin 93 dans les URFIST qui sont devenus des points centraux de la diffusion des savoir-faire sur le réseau dans les universités. Cette simple constatation justifie aussi a posteriori la création des URFIST qui ont su évoluer et accompagner les tournants de la documentation électronique. L'idée de proposer un service qui serait présent pour accueillir dans son sein les nouveaux venus était visionnaire, et on la doit à Michel Melot. Cinq ans après, on doit constater son acuité : au fur et à mesure que les bibliothécaires sont connectés au réseau, ils commencent par "rejoindre BIBLIO-FR" pour y trouver la sensation collective, des guides d'orientation dans les sites, et des services d'échanges réciproques de savoirs. Ainsi, BIBLIO-FR, de par sa définition de base, a essayé d'échapper à la constitution d'un réseau de spécialistes, maîtrisant d'avance les règles et les questions sensibles du réseau. Même si avec le temps les deux aspects cohabitent, l'attention portée aux questions de débutants, même si elles ont déjà été posées, même si elles reviennent et semblent répétitives pour les vieux routiers, est un élément central de la liste.
Le troisième point a été essentiel, même s'il fut mal compris par les grands organismes des bibliothèques françaises.
Tout projet global sur l'internet se compose de trois éléments :
Ces trois aspects sont inséparables. Sans l'infrastructure et son évolution permanente, on ne peut guère bénéficier des possibilités de l'internet ; sans la mise à disposition et l'organisation de vastes fonds documentaires, les bibliothèques numériques ne peuvent remplir leur mission ; mais sans tenir compte de la présence humaine sur le réseau, de l'échange de groupe entre les acteurs/utilisateurs d'un projet internet, il manque le fluide vital qui met les projets en mouvement, les fait vivre et collectivise leur impact. Les animateurs de l'Enssib constatent ainsi qu'une simple annonce de leur site et de son offre dans BIBLIO-FR accroît notablement la fréquentation dans les jours qui suivent. C'est encore plus sensible si l'annonce d'un site se trouve suivie d'un débat, soit sur un mode critique, soit sur un mode valorisant. Ainsi, les grands projets présentés sont souvent suivis de nombreuses interventions, à l'instar des services de l'INIST (Articles@INIST3) ou de la BNF (Gallica4). Ces débats permettent aux concepteurs de mieux adapter leurs propositions aux besoins de la communauté, comme aux utilisateurs de mieux cerner ce qu'ils peuvent attendre d'un site web, tant en positif qu'en limites.
3 - La mise en place (1993-94)
Le premier débat de la liste fut le choix d'un nom pour la désigner (juin et juillet 1993). Ceci n'est pas innocent dans la forme de construction d'une communauté virtuelle. Rien n'était décidé d'avance, et chaque participant pouvait influer sur le comportement de la liste. Le nom représente les deux aspects choisis comme axes de travail : les bibliothèques et la langue française.
La question des bibliothèques ne posa pas trop de problèmes, personne ne voulant constituer un groupe trop inconsistant, qui ne serait pas lié à une communauté de travail. Celle du français ne fut pas aussi aisée. Un grand nombre de textes en anglais circulaient sur le réseau, souvent très intéressants pour le bibliothécaire français débutant. Nombreux furent les premiers participants qui rediffusaient ces textes anglais "susceptibles d'intéresser les lecteurs". Mon attitude fut très ferme à cette époque (ce qui me permet d'être parfois plus laxiste maintenant) : oui, ces textes sont intéressants... mais les bibliothécaires qui parlent l'anglais doivent aussi suivre les listes anglophones. Les lecteurs de BIBLIO-FR attendent des textes d'introduction, faciles à comprendre donc rédigés en français. N'ajoutons pas les difficultés linguistiques aux propédeutiques de l'apprentissage des savoir-faire liés aux ordinateurs en réseau. Parfois j'ai regretté ce choix qui limitait la capacité à porter à la connaissance des lecteurs français les états de la réflexion des bibliothécaires plus avancés des pays anglophones. Heureusement, avec le développement du web, il devenait possible d'orienter un lecteur vers un document sans avoir à contraindre les autres participants au groupe de débat.
L'autre question décisive porte sur la modération. Comme le souligne le compte-rendu du CSB, la modération au départ était vue comme un travail technique d'organisation de la communication. Travail pour lequel une demande de poste était envisagée (cf. annexe). Mais que représentait concrètement la modération ? Il nous fallait improviser. La liste provisoire était gérée comme un alias sur ma propre messagerie. J'ai ainsi joué quelques mois un rôle de "secrétaire de rédaction", regroupant les messages et les "présentant" dans une espèce de sommaire introductif. Ce qui apparaît naïf avec le recul renvoyait à une image des listes de diffusion plus proche de la presse que des groupes de news. Cela reste d'ailleurs comme une image de BIBLIO-FR, qu'il est aujourd'hui difficile de modifier.
Les premiers mois de la modération furent aussi ceux de l'apprentissage d'un nouveau média et des formes spécifiques de la communication qui lui sont attachées. Le mode éditorial a été repris par d'autres listes (BIBDOC-LOR en 1994), mais refusé par ADBS-INFO. Les circonstances de création de ces listes, comme les personnalités des animateurs sont en jeu, bien loin d'un modèle préétabli de communication. Il faudra attendre 1996 pour voir apparaître un véritable courant de refus de la modération, assimilée à un mode de censure. Ce courant fut d'ailleurs assez général, et des listes comme celle du Monde Diplomatique (Internet Nord-Sud) connurent au même moment les mêmes critiques. Ces critiques étaient elles-mêmes rendues possibles par la familiarisation des utilisateurs avec le réseau. Se sentant plus à l'aise, certains utilisateurs voulaient maîtriser l'ensemble de la communication et refusaient les formes d'organisation antérieures. Cette réaction est très saine. La modération n'est pas une nécessité, mais plutôt un choix d'organisation de la communication qui induit une forme de communauté virtuelle qui n'est nullement en compétition avec d'autres modèles d'organisation du débat. La question de l'objectif de la liste et de la personnalité des animateurs sont les seules à prendre en compte, avec toute l'imprécision que cela implique.
Deux débats importants sur la question de la modération eurent lieu à peu près au même moment, en 1996, sur BIBLIO-FR et ADBS-INFO. Dans le premier cas, une expérience de non-modération pendant dix jours a tourné au psychodrame collectif, avec un tiers des lecteurs qui se sont désabonnés. Dans le second, la généralisation du SPAM et les problèmes posés par les fichiers attachés qui diffusaient des macro-virus word ont bloqué le processus de diffusion, rendant nécessaire l'intervention technique d'une phase de modération.
4 - Un développement régulier
Les premiers mois de la liste furent aussi ceux de l'apprentissage technique. Il faudra attendre septembre 93 pour que j'aie connaissance des services du CRU (Comité Réseau des Universités) et qu'un véritable robot de liste puisse être mis en place par Odile Germès et Serge Aumont. Sans leur travail, la liste n'aurait certainement pas survécu. Près d'une centaine de personnes étaient déjà regroupées à la fin de l'été 93, juste au début de l'utilisation des services du CRU5. Depuis septembre 93, les messages sont archivés et on peut suivre l'évolution des débats, ce qui constitue une source intéressante pour ceux qui veulent suivre l'irruption de l'internet en France.
La liste BIBLIO-FR a connu un développement régulier de 1994 à fin 1997. Le nombre d'abonnés passa de quelques dizaines en 1993 à 1500 en septembre 1997 suivant une pente régulière, puis 2500 en quelques mois à compter de l'annonce des rencontres de BIBLIO-FR, fin 97. Cela s'est traduit aussi par l'accroissement du nombre de messages circulant, même si la modération permet de limiter le flux en le stabilisant entre 10 et 15 messages quotidiens. L'évolution quantitative de la liste est certainement le reflet de la pénétration de l'internet en France, et plus particulièrement dans les professions liées au livre et à la documentation.
La liste BIBLIO-FR a su remplir le rôle de premier accueil des bibliothécaires nouveaux venus sur l'internet. La facilité de l'abonnement, puis la réception quotidienne de messages ciblés, organisés en flux spécifiques (questions, réponses, informations, emploi...) permet à un nouvel abonné de se repérer très vite.
Toutefois, les messages spécifiquement destinés à la formation manquent à la panoplie, tout comme la rédaction d'une "Foire aux questions", mille fois évoquée et toujours repoussée.
La première année, des messages de formation introduisant à partir des questions d'abonnés les diverses techniques de l'internet, ont eu un succès important. Mais ce travail est très long et répétitif. Les personnes qui pouvaient le prendre en charge ont préféré réaliser des pages web, plus stables, qui pouvaient être utilisées sur le long terme et dans différentes situations.
Ce n'est pas la même chose de répondre à une question spécifique, en public, de se servir d'interrogations légitimes pour introduire des concepts nouveaux ou présenter des outils, que de renvoyer à des textes formateurs, forcément écrits en réponse à des questions abstraites.
Si l'on retrouve souvent les mêmes questions formulées différemment, c'est parce que les lecteurs aiment à voir leur approche particulière réfléchie par une personne plus expérimentée. Il s'agit là d'une des bases de la pédagogie, dont la mise en oeuvre par messagerie n'a pas été totale en raison du manque de temps (ou pour le dire autrement, en raison du manque de formateurs dont le travail quotidien serait justement de répondre et former au travers du réseau).
Les abonnés ont longtemps été des bibliothécaires et documentalistes des petits centres. Une enquête informelle de septembre 1996, dont les réponses ont été publiées sur la liste, montre que le groupe de débat électronique constituait pour eux un moyen de vérifier leur appartenance à une profession6.
À l'inverse, les professionnels des grands organismes (BNF, ABES, INIST7, grandes BU...) ont été plus longs à prendre place, et restent globalement moins actifs. Souvent, les annonces de leurs services sont d'abord publiées dans la presse avant d'être reprises dans BIBLIO-FR. Cette situation est contradictoire, même si elle est actuellement en train de changer. Elle révèle l'inquiétude devant le caractère interactif du réseau : chaque proposition trouvera un détracteur. C'est normal, et souhaitable. Et ce détracteur pourra diffuser sa critique par le même canal. Une situation mal maîtrisée par les institutions, qui demande du doigté. Les institutions ne devraient jamais se sentir au pied du mur. Il est préférable, même si ce n'est pas toujours le cas, de considérer toute critique comme un apport positif, un désir du public de voir l'institution faire plus et mieux. Le critique se trouve alors participer à la définition de projets, ce qui est utile à tous.
Les institutions entretiennent avec BIBLIO-FR une relation ambivalente, qui renvoie à la grande rigidité de la profession des bibliothèques en France. Au lieu d'utiliser l'énergie collective qui s'exprime dans la liste, les institutions ont longtemps vécu son existence comme un danger, même si cela change notamment autour du succès des "rencontres de BIBLIO-FR" en 1998. Sans pour autant décider de créer leurs propres canaux de diffusion/débat. Cette paralysie, que l'on ne retrouve pas du tout dans les listes de diffusion états-uniennes, a des effets négatifs sur l'appropriation collective par la profession des projets, des réalisations et des expériences menées par les institutions. Les débats sur le lancement de Gallica ou de Article@INIST8 au début de 98 furent significatifs de ce malentendu.
5 - Le rôle du modérateur
L'expérience de BIBLIO-FR a mis en lumière le rôle du modérateur dans la constitution d'une communauté virtuelle. Dès l'origine le choix d'une liste modérée correspondait à une analyse des listes états-uniennes. Le modèle de PACS-L a été largement suivi, d'autant qu'il était documenté9 par des articles précisant le mode de fonctionnement et clarifiant les interventions et les compétences des modérateurs. Je tiens à souligner ici et avec le recul l'importance de ces textes, publiés et acceptés dans des revues électroniques, pour aider le néophyte que je fus à franchir le pas, à mettre en chantier un travail du même ordre.
L'image première qui vient lorsqu'on présente le modèle des listes de diffusion modérées est celle du censeur. La question est régulièrement posée, tant dans les conférences en présence que sur les listes de débat, ce qui révèle une inquiétude générale concernant l'aptitude démocratique de l'internet.
Mon expérience me parle d'autre chose, et c'est ce que je voudrais transmettre ici. D'abord assumons les termes et la situation : la censure renvoie à la décision de refuser un message pour des motifs ayant trait à son contenu (politique, religieux, violence de ton...). Et bien les cas de censure en cinq ans d'expérience sont très rares. Je me souviens d'un message qui comportait une partie négationiste, que j'ai retourné à son émetteur en lui indiquant que je pouvais passer le reste du texte (et imaginez bien que je ne partageais guère le contenu), mais que je souhaitais une modification du passage négationiste. En réponse, j'ai bien évidemment été traité de censeur majuscule... mais j'ai appris ensuite que l'émetteur, était le chef de file des négationistes français. Le message n'est pas passé, mais j'ai indiqué à la liste ce qui s'était déroulé... ce qui a donné lieu à un débat difficile, mais publiquement assumé. De telles expériences sont rares. Le terme de censure me semble inadéquat pour traiter de l'expérience telle que je l'ai vécue.
Le modérateur assume globalement quatre fonctions dans une liste de diffusion :
Car loin de provoquer la "censure", le modérateur apparaît comme une cause d'autocensure, ou plus précisément de retenue, de politesse... de netiquette. Tel qui envoie un message dont lui-même n'est pas certain de l'adéquation avec la liste demande d'abord au modérateur de juger de sa pertinence. Au début de la liste, quand les formes de la communication asynchrone et par écrit n'étaient pas bien maîtrisées et répandues, il n'était pas rare qu'un intervenant considère le modérateur comme un présentateur des médias traditionnels. Pour s'adresser à l'ensemble de la liste, il utilisait l'artifice rhétorique de s'adresser nommément au modérateur. Bien que toujours présente, cette pratique tend à se restreindre, en proportion de la familiarité sociale avec le nouveau média.
On imagine souvent le modérateur comme diminuant l'échange, appelant les participants au calme ; le pompier apaisant les guerres de flammes. Je dois corriger cette vision, qui ne correspond pas à mon expérience. Il m'est arrivé d'intervenir pour demander à deux interlocuteurs de suspendre un débat dont je sentais que les arguments principaux étaient épuisés. Mais plus généralement, j'interviens pour mettre de l'huile sur le feu. Le modérateur est aussi l'animateur du débat. Sans une action spécifique de relance, de provocation, de soutien, les débats tendent à s'étioler, à se raréfier. La liste ne devient qu'un outil pour des questions purement pratiques. En retour cela tend à distendre les liens entre le lecteur et son groupe de débat.
La participation à un groupe de débat est un acte social avant d'être un acte de communication. Ce phénomène a été très bien analysé par Lyliane Deroche-Gurcel, qui s'appuie sur les travaux de Georg Simmel sur la sociabilité10. La tendance générale des groupes de débat, loin d'être à l'exacerbation des passions, est au consensus et finalement à l'absence de débat. Un phénomène sensible dans les relations en présence : on parle de la pluie et du beau temps plus aisément que des sujets graves de l'actualité. Et on évite de "parler politique" un soir de réveillon, de peur des effets sur la réunion familiale. Il en va de même des listes de diffusion. Alors que les échanges de services passent aisément, les débats concernant la situation générale sont souvent critiqués comme échappant à l'objet de la liste. Or cette situation est contradictoire. Quand le rythme des débats diminue, l'intérêt des lecteurs s'émousse, et finalement les simples échanges de services ne trouvent plus une dynamique suffisante et deviennent eux-mêmes victimes de l'appauvrissement général de la communication. C'est au modérateur de relancer les débats, quitte parfois à utiliser des formes provocatrices. L'équilibre entre les débats et les services caractérise chaque liste de diffusion. Une attention doit aussi être portée à la volonté de débattre réellement des participants, et d'éviter que la liste ne devienne que le haut-parleur de positions tranchées et fermées.
Le modérateur doit rester attentif à ces deux écueils de la communication, et notamment il doit en permanence éprouver les frontières du groupe. La définition de ces frontières, l'interprétation de la charte d'un groupe de débat est l'enjeu principal, sans cesse remis sur le tapis. Le modérateur se doit d'évaluer les messages qu'il reçoit en fonction des buts du groupe et non en fonction de l'accord général qu'il aurait (ou au contraire n'aurait pas) avec le contenu.
Dans l'expérience de BIBLIO-FR, les questions politiques ont souvent joué ce rôle de test des frontières et d'épuisement des consensus trop fragiles. En particulier, confrontée à de multiples pressions, notamment de l'extrême droite et des groupes intégristes religieux, la profession de bibliothécaire se doit de garder un regard lucide sur le monde qui l'entoure, ce qui évidemment pousse à intervenir hors du champ des techniques professionnelles pour se placer au niveau des objectifs et des orientations. Choix dangereux qui induit en retour une volonté de se replier sur des compétences professionnelles "neutres" pour éviter de focaliser les oppositions et perdre la reconnaissance durement gagnée auprès des responsables publics.
Autres sources de polémique, les critiques des choix professionnels. Faut-il croire à tel ou tel média (le CD-Rom, le DVD, les ordinateurs-réseaux), à tel ou tel système d'exploitation (irruption des logiciels libres dans les préoccupations des décideurs) ou à telle organisation centralisée de l'information bibliographique (le Pancatalogue et la BNF ayant longuement et de façon répétitive subi le feu des critiques). Il est intéressant que de tels choix ne soient pas simplement abordés suivant la vision technique, mais en fonction des attentes des professionnels comme du public. Derrière chaque choix technique se glissent des orientations sociales et des formes d'organisation et de maîtrise de l'information. Avec en ligne de mire la question de l'autonomie des lecteurs devant la connaissance.
6 - Les rencontres de BIBLIO-FR
Une communauté virtuelle peut-elle exister dans la durée sans que ses membres se réunissent un jour ? La question s'est ouverte quand est venue l'heure de fêter le cinquième anniversaire de la liste de diffusion. Pourquoi ne pas se rencontrer ?
Le terme rencontres a été choisi volontairement. Il n'était pas souhaitable d'organiser un congrès structuré, avec des intervenants lisant des textes rédigés des mois à l'avance... Au contraire, il fallait retrouver la fluidité de la parole libre telle qu'elle s'exprime dans les listes de diffusion. Il fallait privilégier les débats, les lieux de convivialité, l'émergence d'idées collectives.
Les rencontres se sont tenues à Caen du 3 au 6 avril 1998, et l'objectif a été atteint. C'est au travers d'une ambiance détendue que les débats ont été très suivis. Un participant disait que l'attention des participants était d'autant plus grande que l'on retrouvait le parfum de la liste et des connivences qui s'y sont créées.
Pour l'organisateur, les journées précédant les rencontres furent inquiètes : "est-ce que la parole va prendre ?". En refusant la certitude des congrès programmés, on prenait aussi le risque du happening et de l'absence de communication. On a découvert au contraire une attente des participants de la liste pour de telles situations (retrouver dans un court laps de temps les idées qui circulent plus épisodiquement sur la liste), ce qui a permis un travail intense. Les participants sont repartis avec une conception plus globale de l'impact de l'internet sur leur profession, et des enjeux économiques, sociaux et culturels du réseau.
Ces remarques doivent attirer notre attention sur les effets des listes de diffusion dans la formation permanente, et notamment sur l'articulation entre les séances "en présence" et le débat médié. La communication électronique crée une attente épistémologique forte parmi les participants, qui se traduit très rapidement par une meilleure compréhension des débats lors des regroupements. Et aussi un mode plus égalitaire de formation, la parole venant de la salle étant perçue avec le même intérêt, la même valeur, une façon de reproduire dans l'espace physique l'égalité de situation de l'espace électronique.
Conclusion : les listes de diffusion, un nouvel outil pour la formation permanente et le débat démocratique.
Le développement du réseau informatique crée une complexité accrue de la transmission de l'information. On peut considérer que l'aspect documentaire du réseau (trouver la bonne information) est organisé par la communication entre personnes. Les enjeux de formation permanente ne peuvent se réduire à la mise à disposition de documents pour la formation et d'hypertextes interactifs. Au contraire, la circulation de l'information, le débat autour de la formation sont des éléments clés d'un dispositif social généralisé de diffusion de la connaissance.
Les listes de débat créent un sentiment de participation à un groupe qui renforce la lecture sociale12 des documents du réseau. L'intelligence collective naît de l'engagement à long terme des participants à une liste de diffusion, qui doivent "s'abonner" et ainsi marquer leur volonté de construire ensemble, dans la durée. Ce simple geste a des conséquences dans l'organisation de la communication : la connivence est co-existentielle avec la participation au groupe. Or la connivence, parce qu'elle offre une atmosphère favorable à la pulsion épistémologique, ouvre les participants à l'écoute et à l'apprentissage.
Au moment où l'on parle de télétravail et d'enseignement à distance, il convient de mesurer cet apport des groupes informels dans l'unification collective. Des méthodes nouvelles sont à mettre en place, des innovations pédagogiques sont à trouver. Mais on doit aussi prendre en compte l'importance de la relation entre personnes dans la transmission des connaissances, et trouver une nouvelle articulation entre les séquences "en présence" et les séquences médiées par le réseau informatique.
Enfin, l'expérience de BIBLIO-FR indique que la durée est en elle-même un enjeu pour un groupe de débat. Et celle-ci dépend de la souplesse dans l'interprétation de la charte de départ. Le groupe doit évoluer, prendre en compte de nouveaux aspects, ne pas se renfermer sur sa culture propre. L'interprétation sans cesse remise en cause des frontières du groupe est le noeud du débat. En acceptant que la frontière puisse toujours être évaluée, dépassée, on permet que la communication existe, qu'il y ait sens à vivre ensemble cet échange. Et cela est d'autant plus vrai que les débats de frontières peuvent être les plus sensibles parce qu'ils touchent toujours à l'irruption du reste de la vie des hommes dans une communauté qui s'est fondée pour des raisons particulières (professionnelles, ou sur la base d'intérêts communs).
Cette remarque nous amène au carrefour entre les communautés de choix et les communautés de destin, un lieu où peut se dessiner la forme que va prendre la nouvelle agora démocratique à l'heure de l'internet. Notre vie est toujours liée à des communautés de destin : la biosphère et l'humanité d'abord et sa nécessaire protection face aux dangers écologiques qui la menace ; les nations ensuite auxquelles chacun appartient dès sa naissance et qui nous obligent à vivre ensemble, quels que soient nos envies, nos accords ou nos attitudes. Les communautés de destin sont le lieu d'organisation de la démocratie. Les communautés de choix sont les moyens de protéger notre individualité en retrouvant les autres qui peuvent nous accepter comme semblables et avec qui nous partageons des biens symboliques. Les groupes de débat sont une des expressions de ces communautés de choix, outils collectifs de l'accès à l'autonomie. Leur puissance de formation, leur intérêt dans l'homogénéisation d'un groupe sont attrayantes et permettent aux nouveaux venus de rejoindre une communauté existante qui peut les accueillir. Mais le risque est présent que cela se traduise par une déconnexion volontaire loin des communautés de destin et des troubles qui les agitent. Cette idéalisation du groupe de débat qu'il faudrait isoler de la fureur du monde se retrouve dans le débat de frontière souligné plus haut. Il faut se méfier du mythe d'une démocratie électronique qui se construirait par agglomération de communautés de choix. La vie collective passe par la confrontation avec des opposants, des adversaires, par le combat des idées et l'instauration de formes politiques permettant de trancher entre ces idées, de choisir en définitive telle ou telle orientation. Puis de remettre ces choix en débat.
L'internet et plus particulièrement les groupes de débats publics permettent d'imaginer des articulations nouvelles, qui tissent dans le même projet social les questions de formation permanente, d'autonomie, de lecture sociale et d'émergence de convictions. Un outil pour redéfinir la place respective du citoyen et de l'organisation démocratique de la société, et plus généralement l'articulation entre le débat et la décision.
Caen, le 23 juin 1998.
Hervé Le Crosnier
--oOo--
(Il n'existe plus d'archive électronique de la toute première période de BIBLIO-FR, fin mai à fin septembre 1993. Le texte suivant peut ête considéré comme le premier message d'un groupe de débat qui allait devenir BIBLIO-FR. Il est le compte-rendu d'une réunion qui s'est déroulée le 28 mai 1993 dans le bureau de Michel Melot, président du Conseil Supérieur des Bibliothèques. De la part de Hervé Le Crosnier, LeCrosnier@unicaen.fr.)
Bonjour,
Comme je vous l'avais indiqué dans mon message précédent, une réunion s'est tenue le vendredi 28 Mai au Conseil Supérieur des Bibliothèques, sous l'impulsion de Michel Melot, son président, afin d'envisager la mise en place d'une liste de diffusion francophone. Cette liste concernait les bibliothécaires, et plus largement toutes les personnes concernées par les modes de circulation de l'information sur les réseaux de la recherche.
Le texte ci-après est un compte-rendu de cette réunion. Il n'engage bien entendu que moi-même, même si le consensus des personnes présentes me fait penser qu'il sera partagé.
Personnes présentes :
La réunion était un regroupement informel d'individus. Plusieurs messages demandaient les "organismes" participants. Actuellement, nous en sommes au stade des individualités. Le seul organisme prêt à s'engager est le CSB, qui invitait. J'ai cru comprendre qu'il y avait déjà eu une réunion de ce type il y a environ deux mois. Il y en aura certainement d'autres.
Etaient présents :
La bibliothèque de France était invitée, en la personne de Hélène Waysbord, mais personne n'a pu la représenter.
Structure du compte-rendu :
Le compte-rendu sera divisé en trois points qui ne respectent pas le fil des discussions. Etant donné le faible nombre de participants, la discussion est restée informelle, mais néanmoins efficace.
J'aborderais successivement :
Sous cet intitulé nous avons évoqué plusieurs problèmes :
LISTSERV gère :
- l'abonnement de nouveaux utilisateurs (et les résiliations)
- l'archivage des messages (avec possibilités de recherche)
- l'envoi des messages à toute la liste
- les relations avec le modérateur de la liste.
Il semble que LISTSERV ait été rédigé par un informaticien français, mais ne soit pas disponible en France. Michel Melot doit prendre contact avec M. Girard du Centre de Calcul de Jussieu pour savoir qu'elle serait la meilleure implémentation sur le réseau RENATER (il faut un ordinateur IBM sous VM).
Pour les bibliothécaires d'université, la solution réside dans le contact direct avec leurs centres de calcul respectifs. Pour faciliter ces contacts, Michel Melot devrait rédiger un courrier destiné à tous les directeurs de ces Centres de Ressources Informatiques (nouvelle appelation officielle des centres de calcul). Il faut aussi prendre en compte la constitution récente du CRU, Comité Réseau des Universités.
Pour les bibliothécaires des BM, ou de centres documentaires isolés, deux hypothèses ont été soulevées :
Dès lors le problème d'obtention d'une adresse électronique se réduit à prendre contact avec les CRI des Universités les plus proches. Des solutions de type "minitel en mode ASCII" sont envisageables pour débuter (liaison téléphonique locale).
Il a été souligné que le réseau offrait trois possibilités (messagerie, telnet, ftp), sans parler des outils évolués (WAIS, Gopher, WWW, Veronica...).
Le rôle d'une liste de diffusion est d'établir un premier pas dans le réseau. Les autres utilisations ont été évoquées, comme un moyen de montrer aux bibliothécaires qui seraient déjà sur le réseau les multiples possibilités qui leur sont offertes.
Jacques Faule aimerait par exemple que nous puissions disposer rapidement de textes électroniques pour faire tester ftp, gopher et Wais. Michel Melot propose de mettre à disposition le rapport annuel du CSB. Il compte aussi prendre contact avec des périodiques spécialisés pour les bibliothèques et la documentation pour évaluer les possibilités de "double publication" imprimés et sur le réseau. Mais tout cela prendra du temps, alors que la liste de diffusion doit être opérationnelle rapidement pour inciter les bibliothécaires et aider à leur formation.
L'URFIST de Paris (et plus généralement l'ensemble des URFIST) vont faire des réseaux de la recherche un axe central de leurs formations.
Claire Panijel pense que la formation des bibliothécaires sera un bon moyen de généraliser parmi l'ensemble des chercheurs les pratiques de la documentation électronique en réseau.
La liste de diffusion aura alors un rôle largement pédagogique, du moins dans un premier temps. Il s'agira de mettre en contact des gens ayant un problème à résoudre (documentaire, technique...) et d'autres collègues ayant déjà fait des expériences similaires. Pour cela, Jack Kessler a insisté sur la nécessité de créer un "noyau dur" de personnes ressources, qui animeront la liste et pourront répondre aux questions.
La liste serait avant tout axée sur les bibliothécaires, en prenant en compte leurs problèmes spécifiques, et aussi l'état de leurs pratiques professionnelles. Il a été souligné qu'une liste de diffusion concernait des individus. Même si l'accord de la structure à laquelle ils appartiennent est nécessaire, c'est à chacun de disposer d'une boîte aux lettres et de fixer ses modes de lecture/participation.
Tout le monde était d'accord pour priviligier une liste avec un modérateur. J'ai aussi tenu à souligner que, si beaucoup de personnes avaient des informations à diffuser, l'écriture de cette information n'était pas évidente, surtout pour un média nouveau et spécifique comme la messagerie électronique. Un effort particulier doit être fait en ce sens par les premiers participants et initiateurs de la liste, afin d'offrir un réseau d'accueil pour les collègues qui se joindraient à nous ultérieurement.
Pour mettre en place une telle liste de diffusion, alors que très peu de bibliothécaires disposent d'une adresse électronique, alors qu'en dehors des secteurs de l'informatique et des mathématiques, peu de chercheurs ont encore l'habitude de la messagerie électronique, il convient de s'appuyer sur plusieurs actions concomitantes et convergentes :
Toute ces actions (et plus spécifiquement celle citée au début concernant l'implémentation d'un logiciel LISTSERV) ne doivent pas être un frein à la mise en place d'une première tentative. C'est l'objet du dernier chapitre.
Il semble possible de commencer dès maintenant à créer un embryon, un noyau, qui permettrait :
En l'absence d'expériences préalables, une liste de diffusion pour les bibliothécaires, qui sera de facto "généraliste", aura besoin d'un noyau d'initiateurs, de "fondateurs", qui feront entre eux l'expérience des erreurs et l'apprentissage des solutions. C'est de la réussite dans la constitution de ce groupe et dans la volonté de chacun des participants de s'investir dans son fonctionnement (écriture d'information, précisions techniques, apports d'orientation...) que dépendra la rapidité avec laquelle une liste plus large pourra se diffuser.
Pour aider à ce travail, dans l'attente d'un véritable LISTSERV et d'un modérateur disposant de plus de temps que moi-même, j'ai proposé de gérer "à la main" une liste de diffusion provisoire (disons jusqu'à l'automne). Le fonctionnement sera le suivant (enfin, aujourd'hui : ça peut changer demain ... suggestions bienvenues).
Ainsi, je jouerais temporairement le rôle de modérateur. N'ayant pas d'expérience, n'attendez pas une régularité monotone.
Toutes les personnes qui voudront bien se joindre à ce premier groupe de travail peuvent m'envoyer un message avec leur adresse électronique, et je les ajouterai sur la liste. Faites connaître ce premier réseau autour de vous.
Hervé Le Crosnier
Université de Caen
LeCrosnier@unicaen.fr
 
________________________________
 
Notes
6^
"Les listes de diffusion brisent la solitude du documentaliste de fond : on est au courant des debats dans le vent,
des nouveautes, des problemes de la profession (on a ainsi l'air un peu moins bete quand on discute avec ceux qui nous
gouvernent). Si on a un problËme qu'on ne sait pas par quel bout prendre, on sait qu'on peut l'exposer | la communaute
(ce qui aide dÈj.) et que dans le nombre, il y aura sans doute quelqu'un qui nous donnera une rÈponse, meme partielle."
Hanka Hensens, message BIBLIO-FR archive : http://listes.cru.fr/sympa/arc/biblio-fr/1996-09/msg00037.html
7^
BNF : bibliothèque Nationale de France http://www.bnf.fr
8^
Gallica : projet de numérisation et diffusion électronique de la littérature française du 19ème siècle mené
par la Bibliothèque Nationale de France. http://gallica.bnf.fr.
9^
Kovacs, Diane ; McCarty, Willard, Kovacs, Michael. - How to Start and Manage a BITNET LISTSERV discussion group : a
beginner's guide. - The Public-Access Computer System Review [Journal électronique], 1991, vol 2, num. 1, p.
128-143.
10^
Lilyane Deroche-Gurcel. - Cyberespace : les nouvelles formes de sociabilité. - Universalia 1997. - p.
318-321.
11^
Cette remarque provient de mon expérience comme modérateur de la liste isoc.vie.publique. Ne pouvant correctement
assumer deux modérations, j'ai laisser la liste isoc.vie.publique dériver au grè des messages reçus, ce qui l'a conduit
au silence et au désintérêt des lecteurs.
12^
Brown, John Seely et Duguid, Paul, 1996, The social life of documents, First Monday, [journal électronique],
vol 1, num 1, 6 mai 1996. (http://www.firstmonday.dk)
ABES : Agence Bibliographique de l'Enseignement Supérieur http://ww.abes.fr
INIST : Institut National de l'Information Scientifique et technique http://www.inist.fr
Article@INIST : description bibliographique restreinte des articles des périodiques reçus dans la
bibliothèque
de l'INIST (plusieurs millions de notices). http://www.inist.fr.
--oOo--
ps: BIBLIO-FR -- http://listes.cru.fr/sympa/info/biblio-fr -- has been since its 1993 establishment, and continues to be, the best single place to investigate and appreciate the role of librarians in France online. In addition, though, BIBLIO-FR dramatically illustrates two more general subjects: the introduction of the Internet into France, and the scaling-up of the Internet to international and trans-national applications in a non-anglophone world. In all three arenas the path has not been smooth, although it has been immensely useful and productive: via BIBLIO-FR -- its invaluable online archive as well as its ongoing discussions -- any researcher anywhere can come to appreciate the details of why, over time, this has been so.
Of course you have to be able to read French... but then that is one of the central points, of "scaling up"... if the international and trans-national customers do not use English, the Internet has to learn the languages the customers prefer -- not the other way around...
Jack Kessler, kessler@well.com
--oOo--
FYI France (sm)(tm) e-journal ISSN 1071-5916
*
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| journal published since 1992 as a small-scale,
| personal experiment, in the creation of large-
| scale "information overload", by Jack Kessler.
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